
Isabelle VAHA, membre de HSCO, vient de publier « Où sont leurs enfants ? Pères prisonniers, parents partis travailler en Allemagne« . Editions Nouvelles Sources, septembre 2025. 20 euros.
Dans la mémoire collective, ce sont forcément les mères et les proches qui prennent soin d’eux. Or, ce ne sera pas toujours le cas. Ce sont donc 104 Maisons qui leur seront spécifiquement dédiées. Ainsi, au cœur de tumultes institutionnels maillés par les restrictions de toutes sortes et voués à l’arbitrage permanent de l’Occupant, ces enfants, loin de leurs familles, tenteront de grandir dans la souffrance et l’insouciance, la solitude et la fraternité, l’insécurité et l’assistance, dans l’attente de jours meilleurs. Ces petits archéologues de l’histoire nous permettent de découvrir une page inédite de la Seconde Guerre mondiale qui nous réserve bien des surprises.
Jacques PIRONDEAU, également membre de HSCO, nous parle d’Isabelle VAHA et de son travail :
Vaha Isabelle, à propos de « Où sont leurs enfants ? Pères prisonniers, parents partis travailler en Allemagne ? ».
Isabelle Vaha, membre de HSCO, publie en septembre 2025 l’ouvrage « Où sont leurs enfants ? Pères prisonniers, parents partis travailler en Allemagne ? », un condensé de sa thèse en Sciences de l’Éducation, option histoire, soutenue le 10 octobre 2022 à l’université Paris 8, sous le titre, « Les Maisons d’enfants sous tutelle du Secours National/ Entr’Aide d’Hiver du Maréchal, entre prescrit idéologique et créativité pédagogique ». Thèse soutenue sous l’autorité de Mathias Gardet, professeur à Paris 8.
Isabelle Vaha, née à Strasbourg en 1957, a une approche très sociologique de l’histoire, sans doute due à l’exercice de son premier métier d’assistante sociale scolaire dans la banlieue parisienne, activité combinée avec une enfance traumatisante qui lui a sans aucun doute permis d’apprécier au plus près certaines difficultés de l’enfance. Elle enseigne actuellement l’histoire de l’action sociale sous Vichy à plus de 200 étudiants, ceci dans quatre lieux de formation, dont l’École Normale Sociale de Paris.
Son ouvrage, fruit d’années de recherches dans toute la France, traite des enfants de parents partis en Allemagne, soit retenus comme PG, soit comme volontaires ou STO. Un thème rarement traité dans les recherches ou seulement en marge d’investigations plus précises portant sur les PG, les volontaires, les requis ou les STO… En effet que devenaient les enfants de ces familles s’ils n’étaient pas confiés à des proches ? C’était le rôle des Maisons d’enfants tenues par le Secours National entreprise maréchaliste s’il en fut. Isabelle Vaha en a recensé 104 dans toute la métropole et étudié leur fonctionnement dans une période où les restrictions de toutes sortes sont un véritable défi quotidien (logement, nourriture, habillement, chauffage…). Ces Maisons aux origines variées (anciennes usines, châteaux, maisons réquisitionnées…) accueillent donc des enfants, essentiellement urbains, souvent sous-alimentés, en très mauvaise santé physique et psychologique, pour les soigner, les réhabituer à la vie, les éduquer, les couper du mieux possible du monde en guerre qui les entoure.
Dans le contexte de l’époque, que l’État Français ait pu non seulement envisager, mais aussi réaliser ces centres d’encadrement et de reconstruction des jeunes, voire même de petite enfance car il y eut aussi des pouponnières pour les nouveaux nés, semble totalement « hors du temps ». Le personnel, étudié, y fut dévoué : certains exemples montrent même qu’en se cachant (un peu) certains centres virent ainsi cohabiter des membres de l’armée d’occupation et des enfants juifs recueillis et cachés parmi les autres. Certaines de ces Maisons, comme le dit l’auteure, envers et contre tout, ont rempli des missions que l’on peut qualifier de salvatrices.
Cette étude est très novatrice par son thème d’une part mais également par l’exploitation d’archives totalement inédites retrouvées… où elles n’auraient logiquement jamais dû être conservées, ainsi que des archives privées elles non plus jamais utilisées. La lecture en est passionnante et enrichissante pour tout esprit curieux, historien ou non.
Jacques Pirondeau
A lire, sur le site de HSCO, deux articles d’Isabelle VAHA :