Policiers sous l’Occupation – Le cas du commissaire Franck Martineau

Franck Martineau en juin 1943. Source photo : Ch. Basso.

En 2006, Michel Martineau a commencé des recherches sur l’assassinat en 1943, par des FTP, de son père Franck Martineau, commissaire de police à Gonesse. A cette occasion, il a découvert que la photo, sur la célèbre Affiche rouge, du torse criblé de trous causés par des balles était celle du corps de son père. Sur une autre photo de l’affiche, le commissaire de police Georges Gautier, abattu lui aussi par des FTP, gît près de sa moto. Ces photos ont été utilisées par les Allemands pour la conception de l’Affiche Rouge, qui a immortalisé Missak Manouchian et ses camarades. Il s’agissait pour l’occupant de dénoncer « l’armée du crime » composée d’étrangers et justifier ainsi l’arrestation et l’exécution des membres du Groupe Manouchian. Les recherches de Michel Martineau, sur les conseils de l’historien Jean-Marc Berlière, et sa rencontre avec Arsène Tchakarian, dernier survivant du Groupe Manouchian, l’ont amené à l’écriture et à la publication d’un livre, Les inconnus de l’Affiche rouge (Editions Libre Label, janvier 2014), malheureusement épuisé actuellement.

Jean-Marc Berlière, spécialiste de l’histoire de la police, considère que le cas de Franck Martineau est assez représentatif de la situation des policiers sous l’Occupation. Il nous donne ici le texte qu’il a rédigé pour une publication de la mairie de Gonesse qui réunira les actes du colloque d’histoire qu’elle avait organisée en novembre 2024, dans le cadre du 80e anniversaire de la Libération.  Michel Martineau était l’un des intervenants à ce colloque, où il avait pu exposer le cas de son père.

Policiers sous l’Occupation – le cas du Commissaire Franck Martineau

« Quand on évoque les policiers sous l’occupation, l’affaire se résume à deux ou trois clichés devenus évidences : Vichy, rafles au petit matin, rôle sombre de la police française » Pierre Bouthier, Nuit et brouillard aux bords de la Garonne. Des policiers dans la France occupée, L’Harmattan, 2025, p.15).

Par Jean-Marc Berlière                       

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     Le cas du commissaire de Gonesse Franck Martineau abattu par le groupe spécial « Victor Hugo », un commando FTP, le 15 juillet 1943, sur la foi de renseignements partiellement calomnieux,  pose un certain nombre de problèmes qu’il paraît intéressant de rappeler, plus de 80 ans après les faits et alors que la police, incarnation de la partie la plus visible de la collaboration d’Etat voulue pour des raisons différentes par le gouvernement de l’Etat français et l’occupant souffre d’une image noire bien en phase avec le « police bashing » actuel. Nous aimerions aborder rapidement deux questions encombrées d’idées reçues sources de malentendus continuels.

  1. La première question concerne la réalité d’une résistance policière forcément discrète et longtemps niée, moquée, voire tournée en dérision et pourtant bien réelle, plus précoce[1], nombreuse et efficace que beaucoup d’autres[2].

        Contrairement à une idée largement diffusée, reprise et répétée ad nauseam, policiers et gendarmes n’ont pas tous été des « auxiliaires fidèles et zélés de l’occupant et de la collaboration », « pire que les SS » comme l’écrivait M. Rajsfus dans un livre à charge, plein de parti pris[3].

      En dépit des risques encourus[4], des policiers – beaucoup plus nombreux qu’on le croit- se sont engagés et parfois très tôt – certains dès l’été 1940 – dans la lutte clandestine contre l’occupant et ses mesures. S’il existe peu – en dehors d’Ajax et dans une moindre mesure de son sous-réseau Micromégas[5] – de réseaux proprement policiers, on trouve des policiers -et des gendarmes – dans la plupart d’entre eux (Alliance, Marco Polo, Valmy-armée de volontaires, etc…) où ils sont d’une utilité telle que les chefs et responsables leur interdisaient de démissionner : une des rares exceptions, fut le commissaire Philippe de Toulouse appartenant au réseau Alliance (pseudo « basset ») que Marie-Madeleine Méric accepta de « libérer » de son engagement.[6]

       Travaillant au cœur de la machine répressive, les policiers résistants risquent gros, mais ils sont précieux -voire irremplaçables- dans la lutte contre l’occupant : non seulement ils peuvent saboter les actions et missions montées contre la Résistance, prévenir, donner l’alerte, mais surtout apporter de précieux renseignements sur les indications obtenues lors des interrogatoires, sur les informateurs ou les taupes infiltrées, les traîtres, les agents retournés, les pièges tendus par l’Abwehr ou les SS de l’Abteilung VI.

        Leur position ambiguë qui les oblige à assister voire participer à des opérations, des arrestations, voire des interrogatoires pour ne pas éveiller les soupçons des SS et des truands collaborationnistes employés par l’occupant permet de prévenir les personnes menacées. Un rôle dangereux, délicat, qui a entraîné bien des incompréhensions et servi de prétexte aux exécutions sommaires de policiers et gendarmes par des résistants et des maquisards bien peu au fait des nécessités et réalités de la guerre clandestine sans parler des contentieux remontant parfois à l’avant-guerre, contre des policiers dont on veut se venger. Lire et télécharger l’article entier => Policiers sous l’Occupation – JM Berlière -vdef

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[1] Trois réseaux policiers naissent dès l’été 1940 dont « La Voix du nord ».

[2] Luc Rudolf (5000 Policiers en résistance, Les Livres de l’îlot (Neuvic sur l’Isle, 24190) 2025, dénombre près de 9000 policiers impliqués à des degrés divers dans la résistance : une proportion bien supérieure à celle de la population française en général.

[3] Maurice Rajfus, La Police de Vichy. Les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo 1940/1944. Paris, Le Cherche midi, 1995. Le titre en lui-même reflète la confusion du propos.

[4] 740 policiers déportés, 937 tués dans la résistance, 560 internés, plus de 3000 révoqués par Vichy… (Luc Rudolph, op.cit, pp.16-17).

[5]  Yves Mathieu, Le Réseau Ajax. Des policiers dans la Résistance. Editions Loubatière, 2014 (réédition Atlande, 2021)

[6] Il sera arrêté quelques semaines plus tard et exécuté par les Allemands. Marie Madeleine Fourcade, L’Arche de Noé, Fayard, 1968 (pp. 357 sq).

Pour le rôle du commissaire Franck Martineau dans le sauvetage de l’aviateur Godfrey Loder, voir les articles suivants publiés précédemment sur ce site : 

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