
Source photo : www.police-nationale.interieur.gouv.fr
Le 16 septembre 2025 s’est tenu, au Musée de la Résistance Nationale à Champigny-sur-Marne, un colloque sur le thème : « Policiers résistants : les héros de l’ombre ». L’évènement était présidé par Luc Rudolph, ancien directeur des services actifs de la police nationale et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet, dont le dernier : « 5 000 policiers en Résistance – Répertoire de la Résistance policière (1940-1945) », Editions Les livres de l’Ilot, 2025.
Pierre Bouthier, auteur de Nuit et Brouillard aux bords de la Garonne – Des policiers dans la France occupée, Editions L’Harmattan, 2025, est également intervenu lors de ce colloque.
Nous reproduisons ci-dessous le texte des interventions de Jean-Marc Berlière (dernier ouvrage paru : Dictionnaire historique de la Police, Perrin, 2025) et de Pierre Bouthier (téléchargeables gratuitement en PDF).
Luc Rudolph, Jean-Marc Berlière et Pierre Bouthier sont membres de l’association HSCO.
1 – Jean-Marc BERLIERE : Résistance policière / policiers résistants
A propos de 5000 policiers en résistance. Répertoire de la résistance policière (1940-1945), édition les livres de l’îlot, 24190, Neuvic sur l’Isle, 2025.
Le « police bashing » actuel (« Tout le monde déteste la police », « un bon policier est un policier mort », « la police tue », ACAB -all cops are bastards-…) est malheureusement bien représentatif d’un temps où le manichéisme règne en maitre, où toute nuance, toute tentative de compréhension et d’explication sont assimilés à de la complaisance et classent immédiatement leurs auteurs dans le mauvais camp.
L’image noire de la police tient à différentes causes, notamment la période de la guerre d’Algérie (le drame du 17 octobre 1961) et celle de l’Occupation. Pour cette dernière, les choses sont claires pour ceux qui croient savoir et diffusent des images simplistes : les policiers sont des collabos, « pires que les SS » qui, incarnent la partie la plus visible de la collaboration -arrestations, « rafles », garde et protection des services et des lieux de plaisir de l’occupant. C’est au point que, des discours présidentiels aux publications d’historiens et d’auteurs engagés[1] (et je ne parle pas des médias !) la France, les Français, « Vichy », la police française se voient attribuer depuis Paxton le premier rôle dans le crime que constitue la « solution finale de la question juive » au point que les nazis, l’occupant, les SS, Himmler, Heydrich, Hitler, mais également la défaite, l’armistice, l’occupation ont disparu des discours commémoratifs et mémoriels
Ai-je besoin de dire que dans l’ambiance actuelle, face à cette recherche permanente de culpabilité qui s’apparente souvent à de l’autoflagellation, évoquer une résistance policière, des policiers résistants… suscite au mieux l’incrédulité quand ce n’est pas le soupçon et des accusations diverses : essayer de contextualiser, rappeler les faits, les rôles réels et les responsabilités, c’est faire acte de complicité avec la droite extrême, être considéré comme un nostalgique de l’Etat français, de Pétain… L’histoire, la rigueur historique qui devraient servir de boussole sont balayés.
Pourtant, dans un pays occupé, mais qui a conservé un gouvernement légal sinon légitime, un gouvernement porteur d’un projet idéologique qui présente bien des traits communs avec l’idéologie du vainqueur, des policiers, pris entre leur devoir professionnel, leur culture d’obéissance et la morale, mais aussi le sens de l’honneur, le patriotisme n’ont pas hésité à désobéir donc à résister aux ordres, aux pressions et menaces. Lire la suite et télécharger l’article entier => Intervention JM Berlière Champigny colloque policiers résistants
[1] Un exemple : « Le 16 juillet 1942, il y a eu 7000 assassins en uniforme, tous français, tous glorieux, tous ignobles. Intermédiaires de la Gestapo, drapés dans le respect de la légalité et confortés dans leur haine de l’étranger, ces représentants qualifiés de la répression préparaient, à l’aube naissante d’un matin d’été, ce génocide dont ils portent à mes yeux la plus grande part de responsabilité pour la France. Bien plus que les Allemands… » (Maurice Rajsfus, Opération étoile jaune, Le Cherche midi, 2002).
2 – Pierre Bouthier : Des policiers qui ont gardé leurs valeurs de policiers
Dans chaque famille, des récits se transmettent, parfois à demi-mot, parfois par des silences ou des non-dits. On essaye, après coup, de mettre des mots sur ces émotions confuses. Je suis touché que vous me permettiez d’évoquer ici les années de guerre de l’inspecteur principal Jabot, de la Sûreté bordelaise.
Pendant quatre ans, ce policier français a dû obéir aux Allemands et côtoyer des policiers français particulièrement zélés, pour ne pas dire féroces, comme ce commissaire Poinsot alors redouté à Bordeaux. Sur ces quatre ans, mon grand-père ne m’a presque rien dit.
Il était policier dans l’âme, un professionnel respecté, fier de son métier : mettre les malfaiteurs hors d’état de nuire, c’est comme ça qu’il le résumait. Protéger la société. Malheureusement, chaque jour de ces quatre années, bon gré mal gré, il a dû côtoyer les polices allemandes et subir la présence des criminels dont elles avaient fait leurs auxiliaires.
Les polices allemandes sortaient un voyou de prison et lui mettaient le marché en main : ou tu travailles pour nous, ou tu y retournes. Travaille pour nous ! tu pourras te payer toi-même, te servir dans les poches de ceux que nous avons mis hors-la-loi.
Pour l’inspecteur principal Jabot, laisser courir les vrais hors-la-loi, c’était le monde à l’envers. Mais comment mettre des mots là-dessus ? Alors sur ces quatre ans mon grand-père ne m’a rien dit. Ou plutôt, il a fait une timide tentative, beaucoup d’années plus tard, vers la fin de sa vie.
Il m’a tendu une photo visiblement beaucoup triturée, très abîmée. « Tiens, m’a-t-il dit, c’était Monsieur Mamert, le chef de la Sûreté. Mon chef et mon ami. Les Allemands l’ont déporté et assassiné. C’était un résistant. » => Lire la suite et télécharger l’article entier => Intervention P. Bouthier Champigny colloque policiers résistants