Histoire de l’écriture de l’histoire à Bordeaux : pièces en main

Arrivée de de Gaulle et Cusin à la mairie de Bordeaux 17.09.44

Par Michel Bergès.

        L’article intitulé Des effets pervers du Gaullisme d’Etat : « Le cas Papon » (à lire et télécharger à la fin de la présente introduction) proposé à la communauté des historiens d’HSCO, constitua au départ la partie finale d’une communication au Colloque sur le Gaullisme en Aquitaine, tenu fin décembre 1989 sous le patronage et en présence de Jacques Chaban-Delmas. Il fut censuré par les organisateurs sous l’argument d’une trop grande « longueur ». En réalité, dans le contexte de l’instruction contre Maurice Papon, alors tâtonnante depuis six ans.

– La partie retenue lors de ce Colloque est consultable sur le site Internet suivant : https://www.persee.fr/doc/scpob_0000-0001_1990_act_2_1_850

Elle fut complétée par une discussion après l’exposé oral, pareillement en libre accès sur le même site Persée : https://www.persee.fr/doc/scpob_0000-0001_1990_act_2_1_874

 – La partie manquante, retrouvée récemment dans un vieil ordinateur, finalisée le 18 Juin 1990, a été sollicitée le 23 juillet 2026 sur le site des Classiques des Sciences sociales lié à deux Universités du Québec, l’UQAC de Chicoutimi et l’UQAM de Montréal.

Elle condensait les premiers résultats de l’enquête menée face au pouvoir gaulliste très influent à Bordeaux, à partir d’un travail archivistique appuyé sur de nombreux entretiens, portant sur le processus d’épuration de la police et de la préfectorale, en vue de la reprise en main de l’administration aux ordres du pouvoir vichyssois et sous tutelle de l’envahisseur nazi pendant cinq ans.

La Résistance française prépara et discuta les modalités de séparation, puis de récupération des fonctionnaires ayant servi dans ces circonstances. Au regard des situations locales, les décisions à prendre sur le terrain furent laissées à l’initiative des Commissaires régionaux de la République. Cette « pré-épuration », contrôlée par les responsables des ministères centraux, précéda en termes d’urgence et d’efficacité celle ultérieure, politique puis judiciaire, qui prit le relai une fois assumée la libération des Territoires.

L’enjeu fut d’étayer rapidement l’organisation administrative et politique au nom de la nouvelle Raison d’État incarnée par le général Charles de Gaulle et les responsables désignés par l’ensemble de la Résistance. Ledit processus fut régulièrement suivi dans les réunions mensuelles à Paris des Commissaires de la République, mais aussi lors de visites du chef de l’État en Province dès l’automne 1944, assorties de missions ponctuelles d’envoyés spéciaux – par exemple le général Chaban-Delmas à Bordeaux en septembre 1944, venu « inspecter » le Commissariat régional confié à Gaston Cusin, ami de Jean Moulin.

Le cas de Maurice Papon, secrétaire général du département de la Gironde arrivé en poste en juin 1942 sous la houlette d’un préfet régional lavaliste à la tête de quatre départements (partie occupée de la Gironde, des Landes, des Basses-Pyrénées, de la Dordogne), s’avéra exemplaire – mais très problématique – en matière de « passation de pouvoir ».

Ayant servi tardivement la Résistance en tant qu’agent occasionnel, tout en ayant participé de facto au processus de destruction des Juifs vivant ou réfugiés dans la région, le cas de Maurice Papon, choisi par le Commissaire régional comme son directeur de cabinet dès août 1944, révélé médiatiquement en mai 1981 par le Canard Enchaîné entre les deux tours des élections présidentielles, fit l’objet de plaintes de parties civiles en 1983, puis d’une instruction pour « complicité de Crimes contre l’Humanité ».

La recherche historienne exposée ici, engagée lors de la première instruction dudit procès en termes de témoignage archivistique, fit que celle-ci fut annulée au début de l’année 1987 par le pouvoir d’État mitterrandien. L’article résume les premiers linéaments de l’enquête engagée à la suite, qui, comme le précise une note terminale du texte réhabilité au printemps 2026, fut poursuivie ensuite pour approfondissement, tant le cas étudié apparut dramatique au regard des 1700 victimes dont l’assassinat avait laissé depuis 1945 peu de traces, à part dans la mémoire de descendants de celles-ci contactés dès le début de leurs plaintes.

Parti en mai 1981 d’un bien archivistique hasard (« Ce dieu qui se déplace incognito » – Albert Einstein), ce début d’enquête sur un tel sujet imposa un comportement solitaire et incertain au sein d’une Université d’alors totalement indifférente, absente, voire hostile, sans filet de surcroît face aux appareils policiers et judiciaires nécessairement en confrontation dans ladite instruction qui aboutit au procès de Bordeaux en octobre 1997 – le dernier de Vichy et le plus long de l’Histoire de France.

Lire et télécharger l’article Des effets pervers du Gaullisme d’Etat : « Le cas Papon »  => Effets pervers du Gaullisme d’État. _Le cas Papon_

 

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