Avatar canadien pour le réseau Shelburn

PLOUHA L'Anse Cochat Photo GABY AD 22 16 Fi 4349

L’Anse Cochat, près de Plouha (22) d’où étaient embarqués clandestinement, sur des corvettes de la Royal Navy, les aviateurs à destination de l’Angleterre – Crédit photo : AD22

Les réseaux d’exfiltration vers l’Angleterre de l’équipage des avions alliés abattus sur le sol français pendant la Seconde Guerre Mondiale sont assez mal connus.

Le réseau Shelburn, ou François, est de ceux-là.

Un livre publié tout récemment par deux journalistes canadiens (1) semble attribuer la création et la direction de ce réseau à l’un de ses membres, un Canadien, Lucien Dumais, alias Léon. Gageons que le film dont la sortie est annoncée pour cette année (2) mettra en valeur l’action de Dumais, personnage haut en couleurs.

Cependant, Luc Rudolph, membre actif de HSCO, a lu ce livre et il nous explique, éléments chronologiques à l’appui, en quoi Léon Dumais, s’il fut un acteur efficace et courageux du réseau Shelburn et des évasions d’aviateurs à partir de l’Anse Cochat, près de Plouha (Côtes d’Armor), ne saurait faire oublier le plus discret mais véritable fondateur et chef de ce réseau : Paul-François Campinchi (3) un agent de la Préfecture de Police de Paris.

Article de Luc Rudolph :

CAMPINCHI Crédits photo Archives de la Préfecture de Police de Paris

Paul-François Campinchi – Crédit photo : Archives de la Préfecture de Police de Paris

Le réseau Shelburn est un des plus importants réseaux d’évasions homologués en France.  Son dossier (n°17 P 214) au service Historique de la Défense, montre que celui-ci fut établi par le créateur de la structure, Paul-François Campinchi[1], un employé administratif de la police parisienne, qui a aussi déposé les listes de ses près de 900 membres. Depuis quelque temps, d’inattendus articles fleurissaient sur le net faisant de Shelburn et de son fondateur des originaires non de l’hexagone mais du Canada. Cette surprenante démarche est à présent couronnée en France en 2017 par un intéressant ouvrage intitulé « Le réseau Shelburne[2] », œuvre de deux journalistes canadiens, Alain Stanké et Jean-Louis Morgan. Ceux-ci, malgré leurs propres travaux qui prouvent le contraire, qualifient à plusieurs reprises Dumais « d’animateur du réseau Shelburne » -et il est vrai qu’il contribua à le faire vivre-, comme s’il en était le chef –et il apparaît dans le livre comme tel à plusieurs reprises-. Paul François Campinchi, l’agent de la Préfecture de police de Paris reconnu comme chef de Shelburn, se trouve ainsi dégradé « chef de la section François de Shelburne [3]» ou « responsable de Shelburne pour la région parisienne » ou encore « s’occupait de la région parisienne[4] » ou « revendiquait le titre de grand patron de Shelburne[5] ». Si on comprend bien la logique de Dumais, quand il ne se revendique pas « à la tête du réseau Shelburne [6]», ce dernier était à ses yeux le maillon breton et final d’un réseau du même nom, dont François était la partie parisienne, Alsace la partie picarde, la partie pyrénéenne restant ignorée… Même si lui-même n’avait guère de contacts avec ces non-négligeables structures.

On voit donc ainsi apparaître le très respectable sergent-chef canadien Lucien Dumais Léon Desbiens, parachuté en France le 19[7] novembre 1943, comme le surprenant fondateur –tardif-, le chef, le vrai héros de Shelburne, à la faveur du « e » conservé au nom qui le démarque du réseau officiel. Assez curieusement Campinchi  occupe une place conséquente dans le travail des auteurs canadiens, mais dans une logique de rivalité avec leur compatriote.

Une vérification effectuée dans les dossiers de la Résistance en France ou dans la « bible » des réseaux rédigée par Stéphane Longuet –l’ancien chef du Bureau Résistance- Les réseaux de résistance de la France combattante, aurait pourtant permis de remettre les choses à leur vraie place.

Lire la suite sur PDF => L RUDOLPH Avatar canadien pour le réseau Shelburn – Blog HSCO

[1] Titulaire aussi au SHD, du dossier BCRA n°GR 28 P4 145 240 et du dossier Résistance n°16 P 103202.

[2] Ed L’Archipel.

[3] P.83 du livre de Stanke et Morgan.

[4] P 60.

[5] P 61.

[6] P 169.

(7) Le 16 selon son dossier français ( SHD 16 P 199322).

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Notes de l’introduction :

1) MORGAN Jean-Louis, STANKE Alain : Le réseau Shelburne, Editions l’Archipel, 2017. Un extrait du livre peut-être téléchargé sur le site de l’éditeur :

http://www.editionsarchipel.com/livre/le-reseau-shelburne/

2) Ouest-France du 26.01.2017 https://www.ouest-france.fr/bretagne/plouha-22580/le-film-sur-le-reseau-shelburn-sortira-dans-un-4763830

3) Sur Paul-François Campinchi et le réseau François-Shelburn, voir le site de sa fille, Mme Jeanne Huot née Campinchi http://evasionaviateurs.free.fr/index.php

Publications de Luc Rudolph :

  • La Police en France (avec C. Soullez, éd Milan 2001)
  • Insécurité, la vérité (id, Ed Lattès, 2002)
  • Les stratégies de la sécurité (id, Ed PUF, 2007)
  • La valse dans tous ses états (Ed L’Harmattan, 2011)
  • Policiers Rebelles (Ed LBM, 2012)
  • nombreux articles (revue syndicale, Revue Administrative)
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