Résistances dans les années 1941 et 1942 – Une répression vichyste ambiguë : Affaire BILLON – CRÉPIN et le réseau PANHARD

Le capitaine Claudius Billon – Coll. H. Gatka

 

Par Henri GATKA.

Cette « affaire » illustre les difficultés d’implantation et d’organisation des premiers réseaux de résistance en zone non occupée face à la répression du régime de Vichy. Ce dernier était miné par des conflits de pouvoir liés à une multitude de services de renseignement et de contre-espionnage officiels et clandestins (Bureau des Menées Antinationales, Centre d’Information et d’Etudes, SR air, SR guerre, Travaux ruraux, surveillance du territoire…).

Elle met également en évidence les ambiguïtés des services de renseignement et de contre-espionnage face à des résistances émergentes en 40/41. Cette étude s’appuie principalement sur des archives de justice (tribunal militaire, cour spéciale) ainsi que sur des documents issus des services de contre-espionnage de l’Armée d’armistice trouvés dans les archives dites de Moscou et dans celles de la DGER.

L’ÉQUATION COMPLEXE DES SERVICES DE CONTRE-ESPIONNAGE DE VICHY

Depuis l’affaire DREYFUS, le contre-espionnage ne relevait plus de l’Armée sauf en temps de guerre. La situation au lendemain de l’armistice est cependant très complexe. Si elle est réglée juridiquement par l’accord d’armistice qui interdit toute activité de renseignement et de contre-espionnage, la réalité est plus complexe.

Le colonel RIVET[1], en sa qualité de chef des SR avant l’Armistice, a posé le principe de l’organisation d’un SR camouflé chargé de continuer la recherche du renseignement. A cet effet, il fut négocié avec les Allemands et les Italiens la création d’un service des « Menées Antinationales » comprenant une activité officielle qui sert aussi de couverture à une activité clandestine de contre-espionnage. Le colonel RIVET placé en « disponibilité fictive » a gardé la direction effective des MA, confiant cependant la direction officielle au Lt Colonel d’ALES.[2]

Officiellement, il s’agissait, selon Vichy, de protéger l’Armée d’Armistice récemment créée. Cet argument fut retenu par les Allemands et les Italiens pour accepter, après de longues tractations, la création du « service MA » le 25 août 40. Les Bureaux de Menées Antinationales dans chaque division militaire territoriale étaient donc officiellement chargés de la lutte contre les « menées antinationales », terme particulièrement flou permettant, certes, le camouflage d’activités, mais qui est, aussi, source d’ambiguïtés.[3]

Cette structure militaire avait pour mission de déceler les « menées antinationales ». De fait, les BMA, parfois en liaison avec le Centre d’Information et d’Etudes[4] du colonel GROUSSARD et les policiers du Contrôle général de la Surveillance du territoire, ont mené une action réelle, contre les adversaires du régime, les opposants aux idéaux de la Révolution nationale (gaullistes, républicains, communistes…) et contre leurs alliés ou soutiens étrangers (anglais, polonais, belges…). L’action des BMA, jusqu’à leurs dissolutions effectives en août 42,[5] n’était donc pas uniquement patriotique, mais relevait aussi de considérations purement politiques et fondamentalement antirépublicaines. Les menées antinationales visaient tous les opposants politiques au régime de Vichy.

Au-delà d’une lutte anticommuniste et antigaulliste affichée et menée avec vigueur, les BMA étaient chargés d’une activité de contre-espionnage à l’encontre des puissances étrangères fussent-elles d’anciens alliés. Lire et télécharger l’article entier => HGatka_affaire_Billon_Crépin_4Vdef

 

[1] Carnets du chef des services secrets Général Louis RIVET nouveau monde éditions 2010

[2] Jean Marc BERLIERE Polices des temps noirs éditions PERRIN 2018 pages 140 et suivantes

[3] ibid

[4] Le CIE créé par le Colonel GROUSSARD est la première police supplétive d’une longue liste créé par le gouvernement de Vichy pour soutenir la Révolution nationale. Elle comprend deux branches : un service de renseignement aux attributions équivalentes aux renseignements généraux et une troupe armée : les Groupes de Protection destinée au maintien de l’ordre. Ibid page 201 et suivantes

[5] Officiellement dissous, il renait presque immédiatement sous le nom de Service de Sécurité Militaire (SSM). PAILLOLE pris la direction du SSM et a été remplacé aux TR par LAFONT alias VERNEUIL

 

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