Attentats communistes sous l’Occupation – La mécanique tragique conduisant les autorités de l’époque à commettre l’irréparable.

Section spéciale, film de Costa Gavras. DR

Par Gilles Antonowicz     

      Le 22 juin 1941, Hitler lance l’opération Barbarossa. Le pacte germano-soviétique a vécu. Le Parti Communiste Français, jusque-là complaisant pour ne pas dire bienveillant à l’égard de l’envahisseur, entre alors en résistance. Sa stratégie est aussi simple qu’efficace : commettre des meurtres individuels contre des soldats allemands, provoquer des représailles, creuser ainsi un fossé de sang entre la puissance occupante et la population, en rendre Vichy complice. Des attentats au demeurant condamnés aussi bien depuis Londres par de Gaulle que par la grande majorité de la population (‘’La stupidité de ces crimes est sans borne’’, écrit Léautaud dans son journal. ‘’Ces crimes sont surtout bêtes, ils n’avancent à rien, multiplient les victimes innocentes, attirent des représailles et c’est tout’’, écrit Maurice Garçon dans le sien). Des attentats à ce point impopulaires que le PCF n’en reconnaîtra la paternité qu’en 1967 !

Le premier d’entre eux se déroule le 21 août 1941. Sur le quai du métro Barbès, Pierre Georges (alias Colonel Fabien) tue l’aspirant Moser, un jeune militaire travaillant à la section de l’habillement au sein de la Kriegsmarine. Aussitôt, le chantage commence : les Allemands menacent la population parisienne de représailles. On parle de 50, 100, 150 otages susceptibles d’être fusillés. Rémi Bijaoui décrit la mécanique tragique conduisant le ministre de l’Intérieur (Pierre Pucheu), le Garde des sceaux (Joseph Barthélemy), les magistrats du Parquet et ceux du siège, à commettre l’irréparable : constituer à la va-vite un tribunal qui, en condamnant à mort sur le champ des communistes parfaitement étrangers au meurtre de Moser, prouvera la détermination du gouvernement à mener une lutte impitoyable contre le ‘’terrorisme’’. Ce faisant, les otages ne seront pas exécutés. Le 27 août, trois communistes incarcérés pour des broutilles sont jugés et condamnés à mort en vertu d’une loi rétroactive. Le lendemain, leurs têtes tombent sous le couperet de la guillotine. Costa-Gavras a relaté ce drame dans son film Section Spéciale, multidiffusé, où il cumule erreurs historiques et caricatures.

Dans un style d’une parfaite fluidité, Bijaoui expose le drame de conscience qui se posa dans les mêmes termes à tous les protagonistes de l’affaire, ainsi résumé par Raymond Lindon, chargé de requérir à la Libération contre les magistrats ayant participé à ce crime judiciaire : ‘’choisir entre son honneur à soi et la vie des autres’’. ‘’Choisir entre une horreur sans nom et une horreur épouvantable’’, écrivit Barthélemy de son côté dans ses mémoires. ‘’Il faut se rendre à l’évidence, conclut Bijaoui : ‘’le problème était insoluble et la morale elle-même impuissante à le résoudre.’’  

Article paru dans Service Littéraire n° 202, avril 2025.

Le Tribunal de la honte, Rémy Bijaoui, Nouveau Monde, 245 p., 19,90 €

 

 

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